DISTRIBUTION DES PRODUITS PÉTROLIERS EN CÔTE D’IVOIRE : QUAND LE TRANSVASEMENT CLANDESTIN FAIT RAGE À ABIDJAN

Publié le par Kamagaté Issouf

DISTRIBUTION DES PRODUITS PÉTROLIERS EN CÔTE D’IVOIRE : QUAND LE TRANSVASEMENT CLANDESTIN FAIT RAGE À ABIDJAN

Le 30 juin 2020, à Yopougon, dans le quartier Koweit, une explosion de gaz butane d’une rare intensité a provoqué un incendie dans une cours commune, qui abritait un dépôt  clandestin de gaz et quelques maisons voisines. Si le gérant de ce dépôt a eu la vie sauve, deux blessés graves sont ont été enregistrés ainsi que d’énormes dégâts matériels.

Selon les riverains, « le gérant de ce dépôt aurait tenté de vider une bouteille de gaz de son contenu pour le transférer dans une autre bonbonne. Pendant qu’il s’employait au transfert du gaz, des flammes se sont déclenchées ». Cette pratique est appelée le transvasement.

« En réalité il y a le transvasement légal, qui est autorisé dans les sites de pompages  de gaz. Ces sites bénéficient d’un agrément de la direction des Hydrocarbures. Mais ce qui s’est passé dans le quartier Koweit de Yopougon est un transvasement illégal et est puni par la loi », fait remarquer le directeur de Cabinet du ministre du Pétrole, de l’énergie et des énergies renouvelables, Jean Baptiste Aka.

La réaction de Jean Konan, revendeur de gaz dans le quartier Toit rouge est  édifiante : « Des personnes de notre corporation veulent avoir l’argent en vitesse. Alors il possède des bouteilles chargées et reversent chaque moitié dans des bouteilles vides pour faire doubler un bénéfice 100%. Par exemple, j’ai 20 bouteilles chargées et je reverse la moitié de chacune de ces 20 bouteilles dans des nouvelles. C’est un bénéfice de 100% ».

Ces pratiques qui sont monnaie courante, de nos jours, dans la capitale économique, exposent non seulement les riverains à de nombreux dangers par rapport l’impact environnemental (respiration de fortes  odeurs de gaz), mais aussi ils courent des risques d’explosion et d’incendie.

Dans les années 2005-2007, une explosion de gaz a eu lieu dans la zone de Port Bouet vridi, raconte Toura Koné, livreur de gaz mobile : « Au moment où le monsieur faisait le transvasement il a reçu un appel, oubliant que les ondes du téléphone avaient des effets sur ce genre de produit. Lorsqu’il a décroché, il ya eu plusieurs détonation qui ont bousillé le magasin. L’auteur de cette salle besogne a été calciné », ajoute-t-il.

Interrogé sur cet état de fait, surtout comment des revendeurs arrivent à ouvrir des bouteilles, les remplir eux-mêmes à moitié pour les mettre sur marché, un livreur de l’entreprise Mobile, qui a requis l’anonymat nous explique que c’est vaste réseau. « Il y a un marché noir pour les bouchons qui existent. Il se fait sur commande et discrètement. Mais vous pouvez l’avoir à Adjamé ou Attécoubé ».

Pourtant, la loi n 92-469 du 30 juillet 1992 portant répression de fraude en matière de produits pétroliers et des violations aux prescriptions techniques de sécurité explique clairement ces cas, dans son article 3 ; « Constitue une infraction en application  toute manipulation qui tend à modifier ou à dénaturer la composition chimique des produits pétroliers telle que définie par les spécifications techniques en vigueur ; toute commercialisation ou livraison de produits pétroliers destinés à la consommation du public ou des entreprises particulières en dehors des installations pétrolières, spécialement gréées à ces fins ». Cette loi appelle produits pétroliers, les hydrocarbures d’origine minérale ou de synthèse, ainsi que les produits dérivés.

Arrivé sur les lieux de l’explosion de gaz dans le quartier de Yopougon Koweit, le directeur de Cabinet du ministre du Pétrole, de l’énergie et des énergies renouvelables, Jean Baptiste Aka a soutenu que  « qu’il est interdit de faire le transvasement hors des dépôts qui sont autorisé ».

DISTRIBUTION DES PRODUITS PÉTROLIERS EN CÔTE D’IVOIRE : QUAND LE TRANSVASEMENT CLANDESTIN FAIT RAGE À ABIDJAN

Une régularisation des dépôts et stations est en cours pour  permettre à tous les propriétaires de dépôts régulariser leur situation. De façon claire c’est la direction générale des Hydrocarbures qui est chargé de cette régulation. Et pour toute demande l’ouverture d’un dépôt, le requérant devrait formuler une lettre de demande d’autorisation portant  les justifications économiques et sociales de cette implantation, le détail des investissements prévus,  les plans de masse et de situation détaillée. Il faut également une Attestation d’approvisionnement délivrée par une société de distribution de gaz en bouteilles (Petroci, Total etc). Un Arrêté interministériel  N°34 du 29 mars 2013 portant uniformisation de certains produits pétroliers sur le territoire national, en son article 3  stipule « qu’il est considéré comme point de vente agréé au public, un dépôt de vente de gaz butane bénéficiant  d’une autorisation d’exploitation suite à une demande introduite par une société de distribution qui possède un agrément en vigueur pour la distribution des produits pétroliers et dérivés sur le territoire national gazier »

Lors du lancement de la nouvelle sphère de stockage A22 de 2000 tonnes de la Société de gestion des stocks pétroliers de Côte d’Ivoire (Gestoci), le mois dernier à Vridi, le ministre du Pétrole de l’Energie et des Energies renouvelables a indiqué que  la consommation de gaz butane par les populations ivoiriennes a été multipliée par 2.5 entre 2012 et 2019, en passant de 154 000 tonnes en 2012 à 380 000 tonnes en 2019. Face à la demande croissante et parfois la spéculation en période de pénurie, les autorités ivoiriennes ont pris des mesures pour homologuer les prix des bonbonnes. La bouteille de 06kg est fixée à 2 000 FCFA ; celle de 12,5kg à 5 250 Fcfa  et  6 125 Fcfa pour la bouteille de 15kg. Les prix de celles de 25kg et de 28 kg sont respectivement fixés à 8 750Fcfa et à 9 000 Fcfa.

issouf.kamagate@lekiosque-deleco.com

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