Côte d’Ivoire : Ouattara sans le conseiller et le fils, difficile épreuve !

Publié le par Kamagaté Issouf

Côte d’Ivoire : Ouattara sans le conseiller et le fils, difficile épreuve !

A ce jour, nombreux sont ceux qui s’imaginent dans la tête du Chef de l’Etat Alassane Ouattara dans cette année 2020, marquée par des surprises malheureuses, qui laissent croire à une épreuve divine .

En effet,  en 2020, la communauté musulmane de Côte d’Ivoire a perdu son premier guide religieux, le Cheikh Aimah Boikary Fofana. Une nouvelle qui a été reçu comme un choc. Car, en plus de son travail de guide religieux, le Cheikh avait une amitié singulière avec le Président Ouattara. Il n’hésitait pas à dire ce qu’il pensait  quand il le fallait. Ces critiques, plutôt que de fâcher le Chef de l’Etat, étaient perçues comme des conseils pour lui, à telle enseigne qu’il sollicitait régulièrement ce guide religieux, qui a  apporté une marque indélébile à la cohésion et la coexistence pacifique, notamment à l’ouest du pays.

Les relations entre Ouattara et l’ex président du Conseil supérieur des imams des mosquées et des affaires islamiques  (Cosim) étaient plus qu’une amitié. Cheikh Boikary Fofana constituait la première ligne d’éveil de la religion musulmane en Côte d’Ivoire, c’était le père des différentes  réformes et symbolisait  la vitrine d’un l’Islam  conforme aux fondements, mais adaptées aux réalités du moment (Universités Franco-islamiques,  diplômes franco-arabes  etc). Acteur majeur dans la révision de la constitution ivoirienne, cet imam n’a pas hésité a attiré l’attention de la junte militaire notamment du Gal Guéi Robert sur les risques de fissure de la cohésion sociale et d’une rupture des relations entres les différentes confessions religieuses. Le Cheikh Boikary Fofana  a interpellé tous les régimes, et cette conviction était perçue par Alassane Ouattara comme une opportunité pour améliorer sa gestion du pouvoir. C’est pourquoi il a fait de ce monsieur un super conseiller en plus de leur amitié qui dataient de plus de trois décennies.  Donc, l’annonce du décès du Cheikh a été une difficile épreuve  pour le régime. Et au moment où Alassane Ouattara digérait cette douleur qui l’a profondément bouleversé, il perd  « son fils » Amadou Gon Coulibaly.

Jeune cadre sorti de l’Enstp dans les années 80, Amadou Gon Coulibaly intègre l’équipe d’Antoine Césario aux Grands travaux et se fait remarquer par sa maîtrise des projets de développement. Pour cela, il est vite copté par Alassane Ouattara, alors Premier ministre, qui l’intègre dans le  Comité interministériel. De simple collaborateur les relations entre Gon et Ouattara dépassent le cadre du travail pour s’étendre dans la vie politique en 1995. Par conviction, Amadou Gon choisit de faire chemin avec Alassane Ouattara. Il sera de tous les combats du Rassemblement des républicains (Rdr), du Front républicain et maintenant du Rhdp. En 27 ans Amadou Gon Coulibaly a beaucoup appris du «brave tchê », ce qui lui vaut le poste de Premier ministre après avoir occupé le Secrétariat général de la Présidence. Aux cotés du Président Ouattara et de son successeur Daniel Kabla Duncan, celui qu’on surnommait le lion forge ses compétences et sa réputation.  Printemps de du FMI et de la Banque mondiale, sommet de l’Ocde, sommet de Davos, sont des  coups d’essais qui  basculent en coup de maître. Sur le plan politique ses dernières tournées à l’ouest et au sud ouest finissent pour convaincre Ouattara que son poulain est maintenant mûr et présidentiable, la relève est assurée. En plus, il avait une double arme : fin politicien et technocrate. Le hic c’est la santé fragile. Là-dessus  les moyens sont dégagés pour offrir une santé stable avant la présidentielle de 2020.

Malgré des  contrôles dont le dernier a pris presque deux mois,  Ouattara a misé fort sur  le pion Amadou Gon Coulibaly et avait foi qu’il se rétablirait. La preuve, le retour du Premier ministre, le 2 juillet,  fut triomphal et  a redonné confiance. La classe politique Rhdp, le gouvernement et le Président de la République étaient loin de s’imaginer ce qui allait se passer le mercredi 8 juillet, aux environs  de 13h. Hélas !  la grande faucheuse a rodé à la Présidence, mais le lion a lutté. Un combat qui s’est finalement terminé à la clinique Pisam où le Lion s’est définitivement couché. Ouattara n’en revient pas. Son poulain, le fils, le dauphin, l’élève a rejoint son emblématique arrière grand père Peleforo Gon Coulibaly, qui était un symbole dans le septentrion et un aîné a qui Félix Houphouet Boigny Vouait  du respect. La douleur est grande, l’émotion est à son comble. Une dure épreuve pour le Président de la République Alassane Ouattara qui perd deux grandes personnalités qui incarnaient fortement des appareils de l'Etat : Cheikh Boikary Fofana le Conseiller et Amadou Gon Coulibaly le fils.

issouf.kamagate@lekiosque-deleco.com

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